Le grain de sable

Car ma plus grande fortune c’est d’être PLAGE, d’être DUNE

Si j’étais un grain de sable
Je dirais aux Hommes

«S’il vous est inconcevable
Que je sois simplement beau
Infiniment désirable
Que les gens m’aient dans la peau
Ouvrez vos yeux Misérables
Qui ne voyez pas vos maux
Mon destin c’est d’être Sable
Pas débarras à bateaux

Aux peuples des rivages
Je suis un univers
Chaque jour un voyage
Aux rumeurs éphémères
Libre comme un nuage
Et doux comme une mère

Aux êtres de passage
Je suis Terre de bleu
De rêves en partage
Qu’ils rapportent chez eux
des rubans d’or des plages
Accrochés à leurs yeux

Et vos enfants qui rient
Qui courent et éclaboussent
Sur ma plage-patrie
Où la vie est si douce
Où il suffit d’un seau
Et parfois d’une pelle
Pour qu’une ribambelle
Vive dans un château
Où la petite voix
Raconte avec émoi
A son bon confident
Là-haut le cerf-volant
Qu’elle a mis sous son aile
Dans son cœur bien au chaud
Une étoile trop belle
Et un nuage idiot
Qui ont glissé du ciel
Et sont tombés dans l’eau

Et vos yeux qui s’abreuvent
A ma lumière blonde
Chaque jour belle et neuve
Pour vos heures vagabondes

Et vos corps étendus
Contre ma nudité
Qui le yeux dans les nues
Voyagent en Volupté

Et vos pensées bercées
Par le chant de mes ondes
De leurs voix délassées
Qui dans mes voix se fondent

Et vos corps amusés
Par mes vagues qui dansent
Et vos cœurs apaisés
Par mes mains de silence

Quand au bord de la nuit
Alors que tout repose
Qu’après avoir lui
Le mauve et l’or se posent
En vos âmes épanouies
Par ces métamorphoses
Et que l’air tout entier
N’est que parfums de roses
D’immortelles et d’œillets
Faut-il faire autre chose
Sinon s’agenouiller ?

Alors pour tout cela
Je ne demande pour salaire
Ni vos grues ni vos bulldozers
Et pas non plus qu’on m’élimine
Et de bitume on me lamine
Ni de copies de ces mitards
Où on tasse les banlieusards
Pour en tirer le plus de sel
A Saint Jean de Monts et Sarcelles
Ni qu’on transforme mes saisons
En un cadavre de béton
Pour vos glaciales ZUP sur Mer
Aussi habitées qu’un désert
Dans le Grand Pôle Balnéaire
Un mois d’été, onze d’hiver

Alors NON, je ne veux rien

Encore moins vos ports de plaisance
Qui prennent pour bassin d’aisance
Les plages, la mer et ses ressacs
Pourris du pus de leurs cloaques
Et rêvent d’éventrer mon corps
Pour le livrer à vos hors bords
Et à vos coquilles au mazout
Qui sortent une fois au mois d’Août
Et à des pilleurs de poisson
Qui pissent sur vos régulations
Pendant que la communauté
Rame et écope à volonté
Les voies d’eau dans les finances
Creusé.es par ses éminences
Pour les misérables pontons
de leur archipel du béton

Alors NON, je ne veux rien

De ces sabbats d’éLus si fiers
Vivant repus de mon Enfer
Devenus apôtres du fric
Sous le froc de la République
Marchands du Temple sous mandat
Pour leurs amis des Armadas
Pour quelques croûtes des Conseils
Qui ne respirent que l’oseille
Et ne comprennent des rivages
Que la ligne au bas de la page
Vendée, vendez pognon sur- Mer
Le Puy s’en fout. Butin amer

Que ceux-là se souviennent encore
Avant de décréter ma mort
Qu’ils furent aussi des Enfants
Courant derrière un cerf-volant

Alors NON je ne veux rien

Quand on regarde avec effroi
Ce qu’en Vendée on fait de moi
Prostitué dans vos brochures
Comme la dernière des roulures
Vendu pour vos projets abjects
Pour vos bilans de proxénètes
Qui ne cherchez dans la Nature
Qu’une beauté vénale et muette

Alors NON, je ne veux rien

Et vos mairies si vert Tueuses
Qui sentent bien fort le sapin
Vaincu à coups de pelleteuses
Le sang du Sable sur les mains
Brillent sous la lueur poisseuse
De l’Oeil qui regardait Caïn

Alors NON, je ne veux rien

Car ma plus grande fortune
C’est d’être PLAGE, d’être DUNE

Si j’étais un grain de Sable
Je dirai aux Hommes
« Ote -toi de mon Soleil »
Et foutez-moi la paix

Aux élus fossoyeurs des paysages du littoral et à ceux qui leur servent de manche.

Ce texte fut rédigé en marchant, le long des plages le plus souvent, fin 2019 après le saccage de la dune de la Normandelière, les pensées révulsées mais souvent illuminées par l'or du crépuscule, avec comme un symbole que certains jugeront manichéen mais qui sur cette côte est une réalité, sur cet univers dépouillé et unique du contact de la terre et de l'océan que sont les plages, d'un côté le résultat de l'avidité des humains et de l'autre la beauté originelle des éléments, logée en nous, partie à part entière de notre être et qui le fait respirer autant que nos poumons. Et quel miracle qu'une plage ! Comme une cellule souche inaltérée de la Genèse biblique. Le seul espace de paix qui reste aux humains. On y vient déshabillé avec pour seul logement une serviette ; pas de classes, de riches, de pauvres, de droit d'entrée ou de passeport ; la vraie égalité " au-delà de nos oripeaux " comme chante Nougaro, avec la liberté des corps et la libération des camisoles sociales. L'espace où toutes les générations se rejoignent et le théâtre de toutes les étapes de l'amour, flirt, couples, enfants et familles qui se retrouvent. L'espace où l'on ne voit que des gens heureux et le graal de tout gouvernement : le vivre ensemble. Sans discours, sans police, et si peu de lois. Et bien entendu la patrie des enfants. Sans temple ni prêtre, les plages sont par conséquent de fait un sanctuaire que la nature offre aux humains.

Alors quand un territoire a la chance inestimable de disposer d'une plage, l'évidence est de tout faire pour la préserver, la protéger, en particulier des intentions mercantiles des élus, qui en l'occurrence sont des sacrilèges au sens premier du terme: une violation du sacré.

Et les méfaits en la matière sont une coutume sur la côte vendéenne, qui égrène depuis 50 ans son chapelet de destructions, les élus se passant invariablement le relais du bulldozer, de la bétonneuse et de la souillure pour alimenter les caisses de leurs communes en taxes d'habitation et autres sur le dos de leurs victimes expiatoires préférées : les paysages et les habitants à l'année, en ayant fait de leur territoire ce qu'il est actuellement : un cadavre de béton avec plus de 50% des zones construites totalement fantomatiques quasiment onze mois par an désormais, où il est impossible de se loger et où les indicateurs de la situation sociale sont calamiteux. Le filon des résidences secondaires étant épuisé, on s'attaque désormais avec la même logique fiscale à l'espace maritime avec des projets de ports de plaisance, dont la nocivité pour l'environnement a fait depuis longtemps ses preuves à St Gilles Croix de Vie à 10 km de Brétignolles, cité dont la malheureuse et autrefois majestueuse grande plage, déjà à l'agonie à cause d'abominations en béton plantées là il y a quarante ans et qui bloquent l'évolution naturelle du rivage, est souillée de novembre à avril par des centaines de tonnes quotidiennes de boues et de cailloux issues du dragage du port de plaisance adjacent, géré par les mêmes instances qui ont ravagé la dune...

Dans un département qui revendique son identité "catho" avec un logo surmonté d'une croix - le dogme de la laïcité a ses passe-droits - et où les élus départementaux et de la CC de St Gilles sont prompts à se parer des vertus des saints, les faits ont prouvé qu'on avait plus souvent affaire à des anges noirs inféodés aux conseils d'administration des lobbies du nautisme et de l'immobilier et au Conseil général qui malgré ses discours plus verts que verts, soutient depuis le début ce projet de port, et a toujours soutenu ou fermé les yeux sur le saccage de la côté, encourageant hier et aujourd'hui le tourisme de masse sans jamais se soucier des conséquences sociales et environnementales désastreuses d'une telle politique, avec bien entendu en arrière plan un moyen efficace de remplir les gradins du Puy du Fou - dont les dirigeants furent également ceux du département pendant plusieurs décennies - parc situé dans une zone éloignée des côtes qui échappe à toutes les nuisances de cette politique et engrange son butin.

Le texte se termine par deux emprunts littéraires à deux écrivains et penseurs dont la Nature est au cœur de l'oeuvre ou de la démarche. La premier emprunt est à V. Hugo - dont beaucoup des grands textes ont été écrits à l'encre de l'océan - est tiré du célèbre poème "La Conscience", où l'Oeil de la conscience poursuit Caïn jusqu'à la tombe après son crime, afin de rappeler aux élus ce qui les attend après leur forfait. Et même s'il semble que la lumière de la conscience soit bien ténue au-delà de leurs intérêts financiers, il y aura désormais à l'heure de la mémoire ineffaçable d'internet toujours les milliers de paires d'yeux de la conscience collective pour leur rappeler leur crime, à eux et aux entreprises du BTP et à leurs employés qui participeraient au massacre. Que ces derniers qui sont otages de la situation fassent valoir leur droit à la liberté de conscience et refusent la mise à mort des paysages qu'on leur demande d'exécuter. Le deuxième emprunt est à Diogène, philosophe grec de l'Antiquité qui prônait une vie simple et proche de la Nature et vivait dans la rue à Athènes. A Alexandre le Grand - despote et symbole du pouvoir politique et militaire qui pensait sans doute aussi pouvoir gouverner le bonheur des Hommes - qui lui demandait ce qu'il pouvait faire pour lui, il eut cette réplique passée à la postérité "Ote-toi de mon soleil", réplique dont l'écho moderne s'entend dans le "dégage" des foules aux dirigeants qui ont outrepassé le pouvoir qui leur a été remis. La Nature ne se porte jamais mieux que quand les Hommes lui foutent la paix. Laissons le Sable tranquillement au soleil. C'est pour notre plus grand bien.

Plus d'informations, enquêtes à consulter sur le site www.sauvetacote.fr.

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