Citation du moment : "Tous ceux qui veulent protéger une société démocratique, ouverte, doivent absolument exprimer leurs opinions avec confiance, avec joie, et avec humour. Et l’art permet précisément d’explorer et d’expérimenter ces modes d’approches de la réalité, à la fois critiques et procurant du plaisir. Je pense qu’une des choses les plus formidables de l’art, c’est qu’il tente de se débattre avec la complexité de notre expérience, sans essayer de l’éliminer ou de la réduire." Ralph Rudolph

Port Bretignola

Le marin J.B, l’intérêt général selon les préfets, la demande des “authentiques navigateurs”, et les “djihadistes verts”.

   Issu d’une famille de marins-pêcheurs de Croix-de-Vie, je pratique la voile depuis un peu plus de 40 ans (planche, dériveur puis habitable partagé). Je possède depuis 11 ans un modeste voilier de moins de 6 m et de 1968, que j’ai sauvé de la “casse”, qui a trôné dans notre jardin pendant près d’un an et demi pour une patiente restauration. Il fut basé quelques années à L’Aiguillon, avant que le maire ne décide, après Xynthia, de détruire le port chinois du CNAF, puis à Jard. Depuis, marin vieillissant et pour une plus grande facilité d’accès à mon bord, je sacrifie une somme conséquente pour l’amarrer sur un ponton à La Chaume. Pourtant, le milieu de la plaisance n’est pas ma tasse de thé, loin s’en faut et je ne sais pas si j’ai les moyens d’avoir un bateau, mais, « quand on aime… » !

   La voile a pris un tel essor économique et tant de gens ont envie de coiffer la casquette de capitaine de bateau-lavoir que les ports existants sont saturés de bateaux-ventouses. Aussi, le projet de Port à Bretignolles, en question depuis 2003, refait-il surface. Après avoir été annulé en 2011 par le préfet de l’époque, « au nom de l’intérêt général » après avis négatif des commissaires de l’enquête publique, une nouvelle enquête a été organisée en 2018 et, miraculeusement, le projet a été déclaré faisable par l’actuel préfet qui a donné son accord « au nom de l’intérêt général » malgré une opposition majoritaire. Voilà comment un projet en contradiction avec la loi de protection des sites naturels devient, comme sous un coup de baguette magique, d’utilité publique !

   On sait que la moyenne de jours navigués par bateau est ridiculement faible (la moyenne est de 20 h par an) et que la plupart sert uniquement de résidence d’été à des bourgeois nantis. S’il n’y avait que d’authentiques navigateurs, un seul port en Vendée suffirait grandement pour abriter leurs bateaux. Créer un port supplémentaire à Bretignolles ne répond qu’à des intérêts financiers et à satisfaire la mégalomanie des élus. Occuper plus de 20 ha de terres agricoles et menacer une zone humide primordiale est une aberration, en terme d’environnement et de biodiversité, et y consacrer plus de 40 millions d’euros une dépense somptuaire, qu’on aurait pu consacrer à des œuvres plus utiles à la société. Les citoyens sont  une fois de plus confrontés à un projet mégalomane, comme beaucoup d’autres, au service de quelques uns, mais déclaré d’utilité publique « au nom de l’intérêt général ».  Peu importe si la construction d’un port de plaisance à Bretignolles aura les mêmes conséquences néfastes qu’à Jard, Bourgenay ou Noirmoutier (à Port Morin notamment), à savoir une dégradation et une érosion irréversibles des côtes situées au sud de ces installations dues à la perturbation des courants côtiers.

    Va-t-on devoir créer à La Normandelière une nouvelle ZAD ? À Notre Dame des Landes, entre 2008 et 2018, on a assisté à la naissance d’un mode de vie alternatif à la société de consommation  face à un régime destructeur de vie, de liberté et d’espoir au nom de la légalité. Or, on le sait bien, ce qui est légal n’est pas forcément légitime. L’état a répondu aux zadistes par la violence. Il  ne s’agissait pas de simples opérations de maintien de l’ordre. La militarisation de la ZAD, l’énormité des moyens mis en œuvre (et  leur coût exorbitant) les opérations violentes d’évacuation, le traitement des médias appelant à considérer les zadistes comme des terroristes, qualifiés  de « djihadistes verts » par Éric Brunet,   « journaliste »  à Valeurs actuelles  et présentateur propagandiste  à BFM TV (reprenant là la formule de Xavier Beulin, président de la FNSEA en 2014 à propos des opposants à Sivens) et les draconiennes décisions administratives sont le fruit d’un projet idéologique gouvernemental bien précis : faire taire les  contestataires, briser leur résistance, diaboliser leur image au prix d’une violence extrême en vue de semer la peur et le découragement. Il serait temps de réfléchir à cette recomposition des mondes, que raconte Alessandro Pignocchi dans sa BD sur la ZAD de NDNL, à cette expérience de vie en dehors du capitalisme qui n’a jamais eu d’autre but que d’exploiter à outrance la nature, les humains, les plantes et les animaux au profit de quelques uns. Ils ne sont certes pas tous exemplaires, les zadistes. Mais ce dont on est sûr, c’est que autogestion, prises de décisions en commun, actions participatives et paritaires, absence de profit, accès de tous à la culture, absence de hiérarchie, etc. font peur à un état ultra-libéral aveugle et sourd qui n’a comme réponse que la force brutale.

J.B.

Bien que propriétaire moi-même d'un voilier, j'ai été dès l'origine contre la multiplication des ports de plaisance en Vendée, déjà à Jard à la fin des années 60, Bourgenay dans les années 80, puis Bretignolles après 2000.

Ce texte a été écrit après la "résurgence" du projet, en septembre 2019 (c'était avant la création de la ZAD de la Dune).

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